Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/449

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Ici le courroux du Tyran commence à se rallumer. Il lui demande où elle a caché l’image ? Elle répond ; je ne l’ai point cachée, je l’ai brûlée, & j’ai cru faire une œuvre louable de la garantir ainsi des outrages des mécréans. Seigneur, est-ce le voleur que vous cherchez ? il est en votre présence. Est-ce le vol ? vous ne le reverrez jamais.

Quoiqu’au reste ces noms de voleur & de vol ne conviennent ni à moi ni à ce que j’ai fait. Rien n’est plus juste que de reprendre ce qui fut pris injustement.

À ces mots, le Tyran pousse un cri menaçant : sa colere n’a plus de frein. Vertu, beauté,courage, n’espérez plus trouver grace devant lui. C’est envain que pour la défendre d’un barbare dépit, l’amour lui fait un bouclier de ses charmes.

On la saisit ; rendu à toute sa cruauté, le Roi la condamne à périr sur un bûcher. Son voile, sa chaste mante lui sont arrachés ; ses bras délicats sont meurtris de rudes chaînes. Elle se tait ; son ame forte, sans être abattue, n’est pas sans émotion, & les roses éteintes sur son visage y laissent la candeur de l’innocence plutôt que la pâleur de la mort.