Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/263

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En paix, sans toi je sommeille ;
Tu n’es plus quand je m’éveille
Le premier de mes desirs.
Rien de ta part ne m’agite ;
Je t’aborde & je te quitte,
Sans regrets & sans plaisirs.
Le souvenir de tes charmes,
Le souvenir de mes larmes
Ne fait nul effet sur moi.
Juge enfin comme je t’aime :
Avec mon rival lui-même
Je pourrois parler de toi.
Sois fiere, sois inhumaine,
Ta fierté n’est pas moins vaine
Que le seroit ta douceur,
Sans être ému, je t’écoute,
Et tes yeux n’ont plus de route
Pour pénétrer dans mon cœur.
D’un mépris, d’une caresse,
Mes plaisirs ou ma tristesse
Ne reçoivent plus la loi.
Sans toi j’aime les bocages ;
L’horreur des antres sauvages
Peut me déplaire avec toi.
Tu me parois encor belle ;
Mais, Nice, tu n’es plus celle
Dont mes sens sont enchantes.
Je vois, devenu plus sage,