Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/39

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grands hommes de mon siecle pour tacher de m’élever à leur niveau en les rabaissant au mien, ou que j’aspire à des places d’Académie, ou que j’aille faire ma cour aux femmes qui donnent le ton, ou que j’encens la. sottise des grands, ou que cessant de vouloir vivre du travail de mes mains, je tienne à ignominie le métier que je me suis choisi & fasse des pas vers la fortune, s’ils remarquent en un mot que l’amour de la réputation me fasse oublier celui de la vertu, je les prie de m’en avertir & même publiquement, & je leur promets de jetter à l’instant au feu mes ecrits & mes Livres, & de convenir de toutes les erreurs qu’il leur plaira de me reprocher.

En attendant, j’écrirai des Livres, je ferai des Vers & de la Musique, si j’en ai le talent, le tems, la force & la volonté ; je continuerai à dire très-franchement tout le mal que je pense des Lettres & de ceux qui les cultivent,*

[* J’admire combien la plupart des gens de Lettres ont pris le change dans cette affaire-ci. Quand ils ont vu les sciences & les arts attaques, ils ont cru qu’on en vouloit personnellement à eux, tandis que sans se contredire eux-mêmes, ils pourroient tous penser comme moi, que, quoique ces choses aient fait beaucoup de mal à la société, il est très-essentiel de s’en servir aujourd’hui comme d’une médecine au mal qu’elles ont cause, ou comme de ces animaux malfaisans qu’il faut écraser sur la morsure. En un mot, il n’y pas un homme de Lettres qui, s’il peut soutenir dans sa conduite l’examen de l’article précédent, ne puisse dira en l’article précédent, ne puisse dire en sa faveur ce que je dis en la mienne ; & cette maniere de raisonner me paroit leur convenir d’autant mieux, qu’entre nous, ils se soucient fort peu des sciences, pourvu qu’elles continuent de mettre les savans en honneur. C’est comme les prêtres du paganisme, qui ne tenoient à la religion qu’autant qu’elle les faisoit respecter.] & croirai n’en valoir pas moins pour cela.