Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/515

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des cris, dont jamais nos tranquilles Opéra ne furent honores.

Comment le Musicien vient-il à bout de produire ces grands effets ? Est-ce à force de contraster les mouvemens, de multiplier les accords, les notes, les parties ? Est-ce à force d’entasser desseins sur desseins, instrumens sur instrumens ? Tout ce fatras, qui n’est qu’un mauvais supplément ou le génie manque, étoufferoit le chant loin de l’animer, & detruiroit l’intérêt en partageant l’attention. Quelque harmonie que puissent faire ensemble plusieurs parties toutes en chantantes, l’effet de ces beaux chants s’évanouit aussi-tôt qu’ils se sont entendre à la fois, & il ne reste que celui d’une suite d’accords, qui, quoiqu’on puisse dire, est toujours froide quand la mélodie ne l’anime pas ; de sorte que plus on entasse des chants mal à propos, & moins la Musique est agréable & chantante ; parce qu’il est impossible a l’oreille de se prêter au même instant a plusieurs mélodies, & que l’une effacant l’impression de l’autre, il ne résulte du tout que de la confusion & du bruit. Pour qu’une Musique devienne intéressante, pour qu’elle porte à l’ame les sentimens qu’on y veut exciter, il faut que toutes les parties concourent à fortifier l’expression du sujet ; que l’harmonie ne serve qu’à le rendre plus énergique ; que l’accompagnement l’embellisse, sans le couvrir ni le défigurer ; que la Basse, par une marche uniforme & simple, guide en quelque sorte celui qui chante & celui qui écoute, sans que ni l’un, ni l’autre, s’en apperçoive ; il faut, en un mot, que le tout ensemble ne porte à la fois qu’une mélodie à l’oreille & qu’une idée a l’esprit.