Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/518

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concourront ou a fortifier l’expression de la partie chantante, ou a ajouter de nouvelles idées que le sujet demandoit, & que la partie chantante n’aura pu rendre. Ce passage me paroit renfermer un précepte très-utile, & voici comment je pense qu’on doit l’entendre.

Si le chant est de nature a exiger quelques additions, ou comme disoient nos anciens Musiciens, quelques diminutions *

[*On trouvera le mot diminution dans le quatrieme volume de l’Encyclopédie.] qui ajoutent a l’expression ou à l’agrément, sans détruire en cela l’unité de mélodie, de sorte que l’oreille, qui blâmeroit peut-être ces additions faites par la voix les approuve dans l’accompagnement & s’en laisse doucement affecter, sans cesser pour cela d’être attentive au chant ; lors l’habile Musicien, en les ménageant à propos & les employant avec goût, embellira son sujet & le rendra plus expressif sans le rendre moins un ; & quoique l’accompagnement n’y soit pas exactement semblable à la partie chantante, J’un & l’autre ne seront pourtant qu’un chant & qu’une mélodie. Que si le sens des paroles comporte une idée accessoire que le chant n’aura pas pu rendre, le Musicien l’enchâssera dans des silences ou dans des tenues, de maniere qu’il puisse la présenter a l’Auditeur, sans le détourner de celle du chant. L’avantage seroit encore plus grand, si cette idée accessoire pouvoit être rendue par un accompagnement contraint & continu, qui fit plutôt un léger murmure qu’un véritable chant, comme seroit le bruit d’une rivière ou le gazouillement des oiseaux : car alors le Compositeur pourroit