Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/626

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L’air io non chiedo eterni Dei, est sur-tout dans son commencement d’un chant exquis, comme sont presque tous ceux du même Auteur. Mais ou est dans cet air l’unité de dessein, de tableau, de caractere ? Ce n’est point la, ce me semble, un air, mais une suite de plusieurs airs : les enfans y mêlent leur chant a celui de leur mere, ce pas ce que je désapprouve. Mais on y change fréquemment, de mesure, non pour contraster & alterner les deux parties d’un même motif, mais pour passer successivement par des chants absolument differens. On ne sauroit montrer dans ce morceau, aucun dessein commun qui le lie & le fasse un. Cependant, c’est ce qui me paroit nécessaire pour constituer véritablement un air. L’Auteur, après avoir module dans plusieurs tons, se croit néanmoins oblige de finir en E la fa comme il a commence. Il sent donc bien lui-même que le tout doit être traite sur un même dessein, & former unité. Cependant, je ne puis la voir dans les differens membres de cet air, a moins qu’on ne veuille la trouver dans la répétition modifiée de l’allegro non comprende i mali miei, par laquelle finit ce morceau ; ce qui ne me paroit pas suffisant pour faire liaison entre tous les membres dont il est compose. J’avoue que le premier changement de mesure rend admirablement le sens & la ponctuation des paroles. Mais il n’en est pas moins vrai qu’on pouvoir y parvenir aussi sans en changer, qu’en général ces changemens de mesure, dans un même air, doivent faire contraste & changer aussi le mouvement ; & qu’enfin celui-ci amene deux fois de suite cadence sur la même dominante, sorte de monotonie qu’on doit éviter autant qu’il se