Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/471

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qu’un Musicien fut guéri d’une violente fievre par un Concert qu’on fit dans sa chambre.

Les Sons agissent même sur les corps inanimés, comme on le voit par le frémissement & la résonnance d’un corps sonore au son d’un autre avec lequel il est accordé dans certain rapport. Morhoff fait mention d’un certain Petter Hollandois, qui brisoit un verre au son de sa voix. Kircher parle d’une grande pierre qui frémissoit au son d’un certain tuyau d’Orgue. Le P. Mersenne parle aussi d’une sorte de carreau, que le Jeu d’Orgue ébranloit comme auroit pu faire un tremblement de terre. Boyle ajoute que les stalles tremblent souvent au son des Orgues ; qu’il les a senti frémir sous sa main au son de l’Orgue ou de la voix, & qu’on l’a assuré que celles qui étoient bien faites trembloient toutes à quelque Ton déterminé. Tout le monde a ouï parler du fameux pilier, d’une Eglise de Reims qui s’ébranle sensiblement au son d’une certaine cloche, tandis que les autres piliers restent immobiles ; mais ce qui ravit au son l’honneur du merveilleux., est que ce même pilier s’ébranle également quand on a ôté le batail de la cloche.

Tous ces exemples, dont la plupart appartiennent plus au son qu’à la Musique, & dont la Physique peut donner quelque explication, ne nous rendent point plus intelligibles ni plus croyables les effets merveilleux & presque divins que, les Anciens attribuent à la Musique. Plusieurs Auteurs se sont tourmentés pour tâcher d’en rendre raison. Wallis les attribue en partie à la nouveauté de l’Art, & les rejette en partie sur l’exagération des Auteurs. D’autres en sont honneur seulement