Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/105

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INTRODUCTION 95

poser des principes moraux auxquels adhère le cœur en même temps que l'intelligence, et ils ne regardent plus autant comme de la vaine métaphysique la déter- mination a priori des lins de la vie sociale ( 1 ). Et, d'autre part, à mesure que se découvre mieux l'impuis- sance du « libéralisme », hérité des doctrinaires et des anciens économistes, à résoudre les problèmes sociaux et même à assurer la vie du corps politique, on est amené à se demander si la liberté, en quelque sorte égoïste et passive, à laquelle ils prétendaient réduire « la liberté à la moderne », est bien la vraie liberté, celle qu'exige la justice et l'intérêt de tous, et si elle ne serait pas au contraire une liberté de privilégiés, abri- tant sous le nom de droits naturels des avantages sociaux auxquels ils ne veulent pas renoncer. C'est peut- être un intéressant symptôme que l'importance que reprend parmi nous l'idée d'égalité, et le rapprochement — tout au moins théorique — qui rattache cette idée à celle de liberté ( 2 ). Au lendemain du jour où l'on a cru utile de rappeler, et d'opposer à la morale moderne, quelques-unes des idées de la morale antique ( 3 ), peut- être est-il non moins nécessaire de relier à nouveau, comme l'avait fait Rousseau, « la liberté des modernes » à « la liberté des anciens ». La doctrine du Contrat social, si nous avons eu raison d'y voir une théorie cohérente et solide de la souveraineté populaire, — non pas la négation de la liberté individuelle, mais la con- ciliation de la liberté individuelle avec la liberté politique

f 1 ) Cf. Henry Michel, l'Idée de l'État, introd. ; — Ch. Andler, Les origines du socialisme d'État en Allemagne, introd.; — C. Bougie, Les Sciences sociales en Allemagne, fin.

( 2 ) Cf. les articles sur La Crise du Libéralisme, de MM. Bougie, Lanson, Parodi, Jacob, Lapie, etc., dans la Revue de MéLaph. et de Morale (1902-1903); voir aussi la thèse de M. C. Bougie, les Idées égalitaires, 1899.

( 3 ) V. Brochard, la Morale ancienne et la Morale moderne, Revue philosophique (janv. 1901).

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