Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/145

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LIVRE PREMIER l35

car telle est la condition qui, donnant chaque citoyen à la patrie, le garantit de toute dépendance per- sonnelle ; condition qui fait l'artifice et le jeu de la machine politique, et qui seule rend légitimes les engagements civils, lesquels, sans cela, seraient absurdes, tyranniques et sujets aux plus énormes abus.

��CHAPITRE» VIII

��DE L ETAT CIVIL

��Ce passage de l'état de nature à l'état civil pro- duit dans l'homme un changement très remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l'ins- tinct, et donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant. C'est alors seulement que la voix du devoir succédant à l'impulsion physique, et le droit à l'appétit, l'homme, qui, jusque-là, n'avait regardé que lui-même , se voit forcé d'agir sur d'autres principes, et de consulter sa raison avant

voir au chap. suivant, la conséquence de l'état social. La contrainte salutaire, qui oblige chacun à obéir à la volonté générale, et qui seule rend possible l'existence et le main- tien de l'Etat, est donc la condition absolue de la liberté de tous. L'homme même, que l'on contraint, ne doit ce qu'il a de liberté qu'à ce que la menace d'une semblable contrainte est suspendue sur la tète de tous. Ce n'est donc pas détruire, c'est au contraire assurer la liberté, que de contraindre les hommes à respecter la volonté générale.

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