Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/159

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LIVRE DEUXIÈME l49

ht paix comme des actes de souveraineté ; ce qui n'est pas, puisque chacun de ces actes n'est point une loi, mais seulement une application de la loi, un acte particulier qui détermine le cas (') de la loi, comme on le verra clairement quand l'idée attachée au mot loi sera fixée ( â ).

En suivant de même les autres divisions, on trouverait que, toutes les fois qu'on croit voir la souveraineté partagée, on se trompe ; que les droits qu'on prend pour des parties de cette souveraineté lui sont tous subordonnés, et supposent toujours des volontés suprêmes dont ces droits ne donnent que l'exécution.

On ne saurait dire combien ce défaut d'exactitude a jeté d'obscurité sur les décisions des auteurs en matière de droit politique, quand ils ont voulu juger des droits respectifs des rois et des peuples sur les principes qu'ils avaient établis. Chacun peut voir, dans les chapitre m et iv du premier livre de Grotius ( 3 ), comment ce savant homme et son tra- ducteur Barbeyrac ( 4 ) s'enchevêtrent, s'embarras- sent dans leurs sophismes, crainte d'en dire trop ou de n'en dire pas assez selon leurs vues, et de choquer les intérêts qu'ils avaient à concilier. Gro-

(*) Expression juridique, qui signifie la façon dont une loi générale s'applique à une occasion particulière.

( 2 ) Voir ci-après, ch. vi.

( 3 ) Ces chapitres traitent « des différentes sortes de guerre, de la nature de la souveraineté » et de « la guerre des sujets contre les puissances ».

{*) Barbeyrac, professeur de droit à Groningue, publia, au début du xvm c siècle, une traduction française de l'ouvrage de Pufendorf, sur le Droit de la Nature et le Droit des Gens, et de l'ouvrage déjà cité de Grotius.

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