Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/170

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1(10 DU CONTRAT SOCIAT,

tions et doivent jouir tous des mêmes droits. Ainsi, par la nature du pacte, tout acte de souveraineté, c'est-à-dire tout acte authentique de la volonté géné- rale, oblige ou favorise également tous les citoyens ; en sorte que le souverain connaît seulement le corps de la nation, et ne distingue aucun de ceux qui la composent. Qu'est-ce donc proprement qu'un acte de souveraineté ? Ce n'est pas une convention du supérieur avec l'inférieur, mais une convention du corps avec chacun de ses membres : convention légi- time, parce qu'elle a pour base le contrat social ('); équitable, parce qu'elle est commune à tous ; utile, parce qu'elle ne peut avoir d'autre objet que le bien général ( 8 ) ; et solide, parce qu'elle a pour garant la force publique et le pouvoir suprême ( 3 ). Tant que les sujets ne sont soumis qu'à de telles conven- tions, ils n'obéissent à personne, mais seulement à leur propre volonté ( 4 ) ; et demander jusqu'où s'étendent les droits respectifs du souverain et des citoyens, c'est demander jusqu'à quel point ceux-ci peuvent s'engager avec eux-mêmes, chacun envers tous, et tous envers chacun d'eux.

On voit par là que le pouvoir souverain, tout absolu, tout sacré, tout inviolable qu'il est, ne passe ni ne peut passer les bornes des conventions géné- rales ( 5 ), et que tout homme peut disposer pleine-

(*) Voir en effet la formule même du contrat, I, vi.

( 2 ) Ces deux points viennent précisément d'être démontrés.

( 3 ) Voir I, ch. vu.

( 4 ) Cela est vrai même pour la minorité qui s'incline devant une loi établie par la majorité, car l'autorité même de la majorité lui vient de la volonté générale.

( 5 ) La limite de la toute-puissance du souverain- est donc déterminée par les conditions nécessaires de l'exercice

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