Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/189

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LIVRE DEUXIÈME I?9

��CHAPITRE VIII

DU PEUPLE *

Gomme, avant d'élever un grand édifice, l'ar- chitecte observe et sonde le sol pour voir s'il en peut soutenir le poids, le sage instituteur (*) ne commence pas par rédiger de bonnes lois en elles- mêmes, mais il examine auparavant si le peuple auquel il les destine est propre à les supporter. C'est pour cela que Platon refusa de donner des lois aux Arcadiens et aux Cyréniens, sachant que ces deux peuples étaient riches et ne pouvaient souffrir l'éga- lité; c'est pour cela qu'on vit en Crète de bonnes lois et de méchants hommes, parce que Minos n'avait discipliné qu'un peuple chargé de vices.

Mille nations ont brillé sur la terre, qui n'au- raient jamais pu souffrir de bonnes lois ; et celles même qui l'auraient pu n'ont eu, dans toute leur durée, qu'un temps fort court pour cela. La plupart des peuples, ainsi que des hommes, ne sont dociles que dans leur jeunesse ; ils deviennent incorrigibles en vieillissant. Quand une fois les coutumes sont établies et les préjugés enracinés, c'est une entre- prise dangereuse et vaine de vouloir les réformer ; le peuple ne peut pas même souffrir qu'en touche à ses maux pour les détruire, semblable à ces malades stupides et sans courage qui frémissent à l'aspect du médecin.

Ce n'est pas que, comme quelques maladies boule-

l 1 ) C'est-à-dire le législateur.

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