Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/262

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ter de donner à l’ouvrage des hommes une solidité que les choses humaines ne comportent pas.

Le corps politique, aussi bien que le corps de l’homme, commence à mourir dès sa naissance, et porte en lui-même les causes de sa destruction. Mais l’un et l’autre peuvent avoir une constitution plus ou moins robuste et propre à le conserver plus ou moins longtemps. La constitution de l’homme est l’ouvrage de la nature : celle de l’État est l’ouvrage de l’art [1]. Il ne dépend pas des hommes de prolonger leur vie ; il dépend d’eux de prolonger celle de l’État aussi loin qu’il est possible, en lui donnant la meilleure constitution qu’il puisse avoir. Le mieux constitué finira, mais plus tard qu’un autre, si nul accident imprévu n’amène sa perte avant le temps.

Le principe de la vie politique est dans l’autorité souveraine. La puissance législative est le cœur de l’État ; la puissance exécutive en est le cerveau, qui donne le mouvement à toutes les parties. Le cerveau peut tomber en paralysie et l’individu vivre encore. Un homme reste imbécile et vit ; mais sitôt que le cœur a cessé ses fonctions, l’animal est mort.

Ce n’est point par les lois que l’État subsiste, c’est par le pouvoir législatif [2]. La loi d’hier

  1. Cela ne veut pas dire cependant qu’un État soit une œuvre entièrement artificielle. Les termes du contrat social sont déterminés, comme on l’a vu, par la nature des choses. Mais la constitution qui règle la forme de cet État dépend de la volonté du souverain, et, comme toute œuvre d’art, elle est plus ou moins parfaite selon qu’elle est plus ou moins adaptée aux conditions naturelles.
  2. Une loi n’est obligatoire que si le peuple a toujours le pouvoir de la modifier ; cela seul prouve qu’elle continue à répondre à sa volonté. Le consentement, exprès ou tacite, du souverain est toujours l’unique fondement de l’autorité de la loi.