Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/312

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302 DU CONTRAT SOCIAL

la défiance, et fournir aux fripons le moyen de n être pas des traîtres (').

Je sais que Cicéron blâme ce changement et lui attribue en partie la ruine de la république. Mais quoique je sente le poids que doit avoir ici l'autorité de Cicéron, je ne puis être de son avis. Je pense, au contraire, que pour n'avoir pas fait assez de changements semblables , on accéléra la perte de l'État. Gomme le régime des gens sains n'est pas propre aux malades, il ne faut pas vouloir gouver- ner un peuple corrompu par les mêmes lois qui conviennent à un bon peuple. Rien ne prouve mieux cette maxime que la durée de la république de Venise, dont le simulacre existe encore, uniquement parce que ses lois ne conviennent qu'à de méchants hommes.

On distribua donc aux citoyens des tablettes par lesquelles chacun pouvait voter sans qu'on sût quel était son avis ; on établit aussi de nouvelles forma- lités pour le recueillement des tablettes, le compte des voix, la comparaison des nombres, etc. ; ce qui n'empêcha pas que la fidélité des officiers chargés de ces fonctions (a) ne fût souvent suspectée. On fit enfin, pour empêcher la brigue et le trafic des suf- rages, des édits dont la multitude montre l'inutilité.

Vers les derniers temps, on était souvent con- traint de recourir à des expédients extraordinaires pour suppléer à l'insuffisance des lois. Tantôt on supposait des prodiges ; mais ce moyen, qui pouvait

( ! ) Ce changement fut l'œuvre des lois tabellaires, i'Sq- 107 av. J.-C.

(a) Custodes, diribitores, rogatores sulFragiorum. (Note de Rousseau).

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