Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/338

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3^8 DU CONTRAT SOCIAL

pas de mourir ou de vaincre, ils jurèrent de reve- nir vainqueurs et tinrent leur serment : jamais des chrétiens n'en eussent fait un pareil ; ils auraient cru tenter Dieu.

Mais je me trompe en disant une république chrétienne ; chacun de ces deux mots exclut l'autre. Le christianisme ne prêche que servitude et dépen- dance. Son esprit est trop favorable à la tyrannie, pour qu'elle n'en profite pas toujours. Les vrais chrétiens sont faits pour être esclaves (') ; ils le savent, et ne s'en émeuvent guère : cette courte vie a trop peu de prix à leurs yeux.

Les troupes chrétiennes sont excellentes, nous dit-on. Je le nie. Qu'on m'en montre de telles ? Quant à moi, je ne connais point de troupes chré- tiennes. On me citera les croisades. Sans disputer sur la valeur des croisés, je remarquerai que, bien loin d'être des chrétiens, c'étaient des soldats du prêtre, c'étaient des citoyens de l'Eglise ; ils se battaient pour son pays spirituel, qu'elle avait rendu tempo- rel, on ne sait comment. A le bien prendre, ceci rentre sous le paganisme ; comme l'Evangile n'éta- blit point une religion nationale, toute guerre sacrée est impossible parmi les chrétiens.

Sous les empereurs païens, les soldats chrétiens étaient braves ; tous les auteurs chrétiens l'assurent, et je le crois : c'était une émulation d'honneur contre

(') Le philosophe allemand contemporain Nietzsche considère aussi la morale chrétienne comme une « morale d'esclaves», faite par des esclaves pour des esclaves, et il y oppose « la morale des maîtres », qui substitue à la rési- gnation et à l'humilité l'amour de la vie et la volonté de l'action.

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