Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/343

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lors les prêtres sont les vrais maîtres ; les rois ne sont que leurs officiers.

Maintenant qu’il n’y a plus et qu’il ne peut plus y avoir de religion nationale exclusive, on doit tolérer toutes celles qui tolèrent les autres, autant que leurs dogmes n’ont rien de contraire aux devoirs du citoyen. Mais quiconque ose dire : hors de l’Église point de salut [1], doit être chassé de l’État, à moins que l’État ne soit l’Église, et que le prince ne soit le pontife. Un tel dogme n’est bon que dans un gouvernement théocratique ; dans tout autre il est pernicieux. La raison sur laquelle on dit que Henri IV embrassa la religion romaine la devrait faire quitter à tout honnête homme, et surtout à tout prince qui saurait raisonner [2].

  1. On trouve, dans le Ms. de Genève : « Il faut penser comme moi pour être sauvé. Voilà le dogme affreux qui dévore la terre. Vous n’aurez jamais assez fait pour la paix publique si vous n’ôtez de la cité ce dogme infernal. Quiconque ne le trouve pas exécrable ne peut être ni chrétien, ni citoyen, ni homme : c’est un monstre qu’il faut immoler au repos du genre humain. » (édit. Dr.-Br., p. 300).
  2. Péréfixe rapporte (Hist. de Henry IV), que des ministres protestants ayant déclaré, dans une controverse, qu’ils croyaient possible le salut d’un catholique honnête homme, tandis que les théologiens catholiques vouaient tout protestant à la damnation, Henry IV dit alors aux protestants : « La prudence veut donc que je sois de leur religion et non pas de la vôtre, parce qu’étant de la leur, je me sauve selon eux et selon vous, et, étant de la vôtre, je me sauve bien selon vous, mais non selon eux… »