Page:Rousseau - Du contrat social éd. Dreyfus-Brisac.djvu/22

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INTRODUCTION


En examinant la constitution des États qui composaient l’Europe, j’ai vu que les uns étaient trop grands pour pouvoir être bien gouvernés, les autres trop petits pour pouvoir se maintenir dans l’indépendance. Les abus infinis qui règnent dans tous m’ont paru difficiles à prévenir mais impossibles à corriger, parce que la plupart de ces abus sont fondés sur l’intérêt même des seuls qui les pourraient abolir. J’ai trouvé que les liaisons qui subsistent entre toutes les puissances ne laisseraient jamais à aucune d’elles le temps et la sûreté nécessaires pour refondre sa constitution. Enfin les préjugés sont tellement contraires à toute espèce de changement, qu’à moins d’avoir la force en main, il faut être aussi simple que l’abbé de Saint-Pierre pour proposer la moindre innovation dans quelque gouvernement que ce soit.
Rousseau. Manuscrit de la bibliothèque de Neuchâtel (no 7840 du catalogue).


Rousseau est célèbre, mais il n’est pas connu. Nos pères le connaissaient mieux. Comme lui, ils étaient déistes et n’en rougissaient pas. Comme lui, ils n’aimaient pas les prêtres, et le disaient bien haut. Comme lui, ils détestaient l’ancien régime et ne croyaient pas en cela faire preuve d’intolérance ni méconnaître l’histoire. Le recueil complet des œuvres de Rousseau formait, avec celui de Voltaire, le noyau de la bibliothèque de tout homme instruit ; c’étaient les classiques de la Révolution ; ces deux philosophes ennemis, la reconnaissance nationale les réconciliait dans un même sentiment de piété et d’admiration. J’ai connu quelques-uns de ces vieillards, qui gardaient dans le cœur la foi du Vicaire savoyard ; c’étaient de braves gens, et je dois à la vérité de dire qu’ils valaient mieux que nous.

De tous les écrits de Rousseau, le Contrat social est peut-