Page:Rousseau - Le château de Beaumanoir, 1886.djvu/44

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lui de haute politique de s’entourer le plus possible de créatures, et avant tout de créatures bien en cour et pouvant approcher de la marquise. Or, M. de Godefroy, le protégé de madame de Pompadour, M. de Godefroy, qui avait manifesté sa ferme intention de ne passer que quelques années au Canada pour refaire sa fortune, quelqu’humble qu’il pût être, n’était pas à dédaigner en raison même de ses grandes relations en France. Bigot le fit donc nommer à une charge importante qu’il pouvait rendre lucrative et l’attacha à la société de ses spéculateurs.

Prompt à juger son homme, Bigot se dit qu’il compromettrait d’abord son nouvel associé dans une des mille spéculations véreuses dont il avait le monopole, pour s’en faire ensuite une âme damnée.

M. de Godefroy ne vit pas le danger et accepta avec la plus vive reconnaissance les offres brillantes de Bigot, faveurs qu’il attribua à son seul mérite.

Ajoutons que Claire, dès sa première apparition dans le beau monde de Québec, — elle n’y avait pas paru avant la partie de chasse dont il a été parlé tantôt, — fit la plus grande sensation par sa grâce et sa beauté, ce qui lui attira les attentions de l’Intendant. Il devint bientôt le favori de la maison, au grand désespoir de la