Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/147

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rappelant par leur forme et leur dimension les culs-de-lampe qui dans certains livres clôturent les chapitres ; les sujets les plus divers étaient réunis dans cette collection de minuscules tableaux indépendants et isolés ; paysages, portraits, couples rêveurs, groupes dansants, navires en détresse, couchers de soleil, se trouvaient traités avec un art consciencieux et naïf qui ne manquait ni de charme ni d’intérêt. Un coussin restait glissé sous une des extrémités de la natte, ainsi exhaussée pour soutenir la tête du dormeur ; derrière la place éventuellement réservée à l’occiput, se dressait un paratonnerre dominant de sa tige brillante l’ensemble du long meuble de paresse. Une calotte de fer, reliée par un fil conducteur à la base de la haute aiguille verticale, semblait prête à enserrer le front de quelque impressionnant condamné appelé à s’étendre sur la couche fatale ; en face, deux souliers métalliques, placés côte à côte, communiquaient avec la terre au moyen d’un nouveau fil dont la pointe venait d’être enfoncée dans le sol par Rao lui-même.

Arrivé à son apogée avec la rapidité météorique spéciale aux régions équatoriales, l’orage se déchaînait maintenant avec une extrême violence ; un vent terrible charriait de gros nuages noirs dont la conflagration était incessante.

Rao avait ouvert la prison pour faire sortir