Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/158

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qui, rempli de justesse et de pureté, vibrait clairement dans la nuit.

Sur l’étroite plate-forme du véhicule, un fauteuil d’osier soutenait le corps maigre et débile du jeune Kalj, l’un des fils de l’empereur ; à côté de l’essieu marchait Méisdehl, fillette noire gracieuse et charmante qui s’entretenait gaîment avec son nonchalant compagnon.

Chacun des deux enfants, âgé de sept ou huit ans, portait une coiffure rougeâtre formant contraste avec sa face d’ébène ; celle de Kalj, sorte de toquet très simple taillé dans quelque feuille de journal illustré, montrait sur son pourtour éclairé par le disque lunaire une charge de cuirassiers richement coloriée que soulignait ce nom : « Reichshoffen », reste incomplet d’une légende explicative ; pour Méisdehl, il s’agissait d’un étroit bonnet de provenance semblable, dont les teintes rouges, dues à des lueurs d’incendie figurées en abondance, étaient justifiées par le mot « Commune », lisible sur l’un des bords.

Le char traversa la place, lançant toujours son ut retentissant, puis s’arrêta près de la scène des Incomparables.

Kalj descendit et disparut vers la droite en entraînant Méisdehl, pendant que la foule se massait de nouveau devant le petit théatre pour assister au tableau final de Roméo et Juliette,