Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/160

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sur le rebord du récipient de métal. Cette ganse incombustible portait, pendus sur toute sa longueur, plusieurs charbons ardents qui, taillés comme des pierres précieuses et entièrement rougis par l’incandescence, ressemblaient à d’éclatants rubis.

Revenu sur le devant de la scène, Roméo attacha l’étrange parure au cou de Juliette, dont la peau supporta sans un seul tressaillement le contact brûlant des terribles joyaux.

Mais les premières affres de l’agonie étreignirent brusquement en plein bonheur l’amant rayonnant d’espoir et de confiance. D’un geste désespéré il montra le poison à Juliette, qui, contrairement à la version habituelle, découvrit au fond du flacon un restant de liquide qu’elle absorba rapidement avec délices.

À demi étendu sur les marches de la couche, Roméo, sous l’influence du mortel breuvage, allait devenir le jouet d’hallucinations saisissantes.

Chacun attendait ce moment pour guetter l’effet de certaines pastilles rouges qui, dues à l’art de Fuxier et lancées une à une dans le brasier par Adinolfa cachée derrière le lit funèbre, devaient projeter des flots de fumée aux formes évocatrices.

La première apparition surgit soudain hors des flammes, sous l’aspect d’une vapeur intense