Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/235

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une brusque apparition, se mit d’emblée à danser un boléro forcené, accompagné de cris et de battements de pieds. La femme, en mantille, l’homme, en veste courte et en sombrero, tenaient chacun dans la main droite un tambour de basque à lamelles, sur lequel ils appliquaient en cadence de vigoureux coups de poing. Après dix minutes de pirouettes et de déhanchements continuels, les deux danseurs, pour finir, s’immobilisèrent dans une pose souriante et gracieuse, pendant que la foule électrisée applaudissait avec enthousiasme.

La représentation se termina par plusieurs victoires éclatantes du célèbre Ferréol, et la nuit tombait déjà quand Séil-kor et Nina, enchantés de leur après-midi, reprirent, bras dessus, bras dessous, le chemin du château.

Le jour suivant, cloîtrés par une pluie fine et persistante, les deux enfants durent renoncer à leur promenade quotidienne. Heureusement les communs du château contenaient une grande remise offrant un vaste espace propice aux jeux les plus désordonnés ; c’est sous cet abri que les espiègles vinrent passer leur récréation.

Hantée par le spectacle de la veille, Nina s’était munie de son panier à ouvrage, dans le but de confectionner pour Séil-kor un accoutrement rappelant celui du danseur de corde. Dans le fond de la remise, deux charrettes se faisant face