Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/353

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liquides. Excellent nageur, il se baignait avec volupté dans l’élément fascinateur, plongeant le plus longtemps possible afin d’explorer furtivement les espaces mystérieux qui hantaient sa précoce imagination.

Entre autres pratiques ténébreuses, Bachkou avait enseigné à Fogar le moyen de se mettre, sans aucune aide, dans un état léthargique voisin de la mort.

Étendu sur le cadre primitif qui lui servait de couchette, le jeune homme, s’immobilisant dans une sorte d’extase hypnotique, parvenait à suspendre peu à peu les battements de son cœur en arrêtant complètement les oscillations respiratoires de son thorax.

Parfois, quand l’expérience prenait fin, Fogar sentait certains fragments de ses veines obstrués par son sang déjà coagulé.

Mais le cas était prévu, et, pour y remédier, l’adolescent avait toujours à sa portée certaine fleur spéciale indiquée par Bachkou.

Avec une des épines de la tige il ouvrait la veine engorgée pour en retirer le caillot compact. Ensuite un seul pétale, pressé entre ses doigts, lui fournissait un liquide violet dont quelques gouttes suffisaient pour ressouder la fente mortellement dangereuse.

Poursuivi par l’obsédant désir de visiter les repaires sous-marins, qu’il peuplait malgré lui