Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/376

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Ghîriz guettait le moment de cette retraite et, se voyant seul, courait baiser avec ardeur les traces nettement gravées dans le sable mou par les pieds menus de Neddou.

C’étaient là les plus intenses joies du poète, qui n’avait aucun moyen de communiquer avec la Moresque jalousement épiée par Schahnidjar.

Un jour, las d’aimer ainsi de loin sans espoir de rapprochement, Ghîriz alla consulter le Chinois Kéou-Ngan, qui exerçait à Bagdad le double métier de prophète et de sorcier.

Interrogé sur l’avenir d’une intrigue jusqu’alors si entravée, Kéou-Ngan emmena Ghîriz dans son jardin, puis lâcha un gros oiseau de proie qui se mit à décrire dans les airs d’amples courbes majestueuses et grandissantes.

Examinant les évolutions du puissant volateur, le Chinois prédit au poète la très proche réalisation de ses désirs.

L’oiseau, rappelé, vint se poser sur l’épaule de son maître, qui, suivi de Ghîriz, rentra dans son laboratoire.

Inspiré par maints documents épars devant lui, le Chinois rédigea sur parchemin certaines instructions que le poète devait suivre pour atteindre son but.

En recevant le travail, Ghîriz remit à Kéou-Ngan quelques pièces d’or pour prix de la consultation.