Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/378

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torpeur, il s’affala lourdement, les yeux clos et la tête pendante.

Ghîriz articula distinctement sa triple incantation, et le plat, retombé sur la table, fit entendre avec force un tintement sonore et précipité.

En apprenant par son poète l’efficace intervention du Chinois, la belle Neddou tressaillit de joie et projeta une escapade nocturne dans l’immense jardin de Schahnidjar.

Le nègre Stingo, fidèle esclave de la Moresque, fut placé en faction auprès du marchand, avec mission d’avertir les deux amants au premier symptôme de faiblesse observé dans la sonnerie indicatrice.

Protégés par l’absolu dévoûment de leur sentinelle, Ghîriz et Neddou s’échappèrent en courant, libres de toute arrière-pensée.

Ils passèrent une longue nuit d’ivresse dans un éden enchanteur, au milieu des fleurs les plus rares, puis s’endormirent paisiblement à l’aube naissante, bercés par le murmure d’une cascade.

Le soleil avait accompli déjà la moitié de sa course quand Stingo vint donner l’alerte en prédisant le prochain arrêt du tintement magique récemment amoindri.

Éveillés en sursaut, les deux amants, pleins de voluptueux souvenirs, envisagèrent avec effroi la perspective d’une séparation nouvelle.