Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/400

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était obsédé par l’ardent désir d’entendre chanter, en voix de tête, l’empereur vêtu de son éblouissante toilette ; il accorderait sans condition la guérison de Sirdah si le père de la jeune aveugle consentait à monter en sa présence sur la scène des Incomparables pour chanter avec son émission féminine l’Aubade de Dariccelli.

Flatté de la demande et ravi de pouvoir à si bon compte rendre la vue à sa fille, Talou commençait déjà une réponse affirmative, quand Gaïz-dûh ― c’était le nom de l’ambassadeur nègre ― se rapprocha de quelques pas pour faire à voix basse de secrètes révélations. Le prétendu désir si ardemment formulé n’était qu’une ruse devant permettre à Yaour de pénétrer librement dans Éjur à la tête d’une nombreuse escorte. Connaissant l’orgueil de Talou et sachant à l’avance que son redoutable voisin voudrait l’éblouir en le recevant au milieu de toutes ses troupes, le roi espérait prendre l’armée ennemie au piège dans l’espace relativement restreint de la place des Trophées. Pendant que la population éjurienne, attirée par la cérémonie, serait massée aux abords de l’esplanade, l’armée drelchkaffienne passerait le Tez sur un pont de pirogues rapidement improvisé, puis se répandrait autour de la capitale comme une ceinture humaine, afin d’envahir de tous les côtés à la fois le lieu de la représentation. Au même instant