Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/429

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qu’apathique, se laissait distancer sans honte par tous ses camarades.

Malgré les plus durs châtiments, Saridakis restait stationnaire, consacrant vainement des heures entières à la simple conjugaison des auxiliaires.

Kténas vit dans cette manifestation de complète incapacité l’occasion de frapper d’une façon terrible l’esprit de ses élèves.

Il donna trois jours à Saridakis pour graver définitivement le verbe ειμι dans son souvenir. Ce délai écoulé, l’ilote, devant tous ses condisciples, articulerait sa leçon en face de Kténas, dont la main armée d’un stylet atteindrait à la moindre faute le cœur du coupable.

Sûr d’avance que le maître agirait suivant ses terrifiantes promesses, Saridakis, torturant son cerveau, fit d’héroïques efforts pour se préparer à la suprême épreuve.

Au jour dit, Kténas, rassemblant ses esclaves, se plaça près de Saridakis, en dirigeant vers la poitrine du malheureux la pointe de sa lame. La scène fut courte ; le récitant se trompa grossièrement dans le duel de l’unique imparfait, et un coup sourd résonna soudain au milieu du silence angoissé. L’ilote, le cœur transpercé, tourna un instant sur lui-même et tomba mort aux pieds de l’inexorable justicier.