Page:Routhier - En canot, petit voyage au lac St-Jean, 1881.djvu/192

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LE RETOUR

Dans la soirée, en attendant mes deux amis qui étaient allés à un concert, j’allai promener mes rêveries au bord de la mer, et je méditais la parole de Pline que j’ai prise pour épigraphe, multa latent in majestate naturæ, lorsque les vers d’un grand poète me vinrent à la mémoire. Je les lui emprunte pour finir :

J’étais seul près des flots, par une nuit d’étoiles.
Pas un nuage aux cieux, sur les mers pas de voiles.
Mes yeux plongeaient plus loin que le monde réel.
Et les bois et les monts, et toute la nature
Semblaient interroger, dans un confus murmure,
Les flots des mers, les feux du ciel.

Et les étoiles d’or, légions infinies,
À voix haute, à voix basse, avec mille harmonies
Disaient en inclinant leurs couronnes de feu :
Et les flots bleus que rien ne gouverne et n’arrête
Disaient en recourbant l’écume de leur crête :
C’est le Seigneur, le Seigneur Dieu !


FIN