Page:Routhier - Le Centurion, roman des temps messianiques, 1909.djvu/441

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LE CENTURION

— Mais ne saviez-vous pas que vous confessiez par là même avoir commis une grave infraction à la discipline ?

— Oui, mais ils ont ajouté : « Si le gouverneur vient à savoir quelque chose, nous le gagnerons, et nous vous mettrons à l’abri de toute peine. »

— Les misérables ! murmura le gouverneur. Et quand il se retrouva seul, Pilatus se dit à lui-même : Je comprends maintenant leur faux calme, et leur feinte bienveillance. Ils sont de vils suborneurs de témoins, et c’est contre eux que je devrais sévir. Ils ont peur maintenant que leur fraude ne soit divulguée. Ah ! si je ne redoutais pas la délation et la dénonciation à Rome ! Si mes pouvoirs étaient plus étendus, et me couvraient d’une immunité plus large…

Mais à quoi bon me créer de nouveaux embarras ? Tout considéré, il vaut mieux fermer les yeux et laisser faire.

Seulement, j’adresserai à César Tiberius un rapport circonstancié de tout ce qui s’est passé au sujet de Jésus de Nazareth, et de tout ce que j’ai fait pour empêcher l’agitation et les troubles populaires dans cette colonie. C’est mon devoir de rendre compte à l’empereur non seulement de mon administration, mais de tous les événements qui ont quelque importance.

Effectivement, Pilatus fit ce rapport à Tiberius ; et, quoiqu’il ne crût pas à la divinité de Jésus, il fit connaître à son empereur ce qu’on lui avait