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LE CENTURION

qu’après quelques jours je n’y penserais plus ; car enfin, je ne l’ai pas vraiment aimée et j’aurais dû même la mépriser, dès que j’ai connu le scandale de sa vie. Eh ! bien, non, le cœur a ses mystères, et quand il est pris, il est toujours difficile de rompre ses liens. J’y arrive cependant.

Tout ce que j’ai appris depuis ma dernière lettre me prouve d’ailleurs que Myriam est vraiment une âme d’élite. Son grand cœur avait un irrésistible besoin d’amour ; mais il était trop vaste pour qu’un amour humain pût le remplir. N’ayant pas trouvé dans son mari l’idéal quelle avait rêvé, elle l’a cherché ailleurs, sans le trouver, jusqu’à ce qu’elle ait rencontré ce prophète qui lui a révélé un amour que j’ignore, qu’elle ignorait elle-même, et qui lui a pris toute son âme. Car il n’est plus possible de s’y tromper, et tout Magdala en rend témoignage, l’amour de Myriam pour le Prophète est absolument idéal, spirituel, surnaturel. Ce n’est pas l’homme qu’elle aime, c’est l’envoyé de Jéhovah, c’est l’être mystérieux qui prétend avoir reçu une mission du ciel pour établir le royaume de Dieu sur la terre.

Et si je te parle ainsi, mon cher Tullius, c’est parce que depuis des mois je vis moi-même dans une atmosphère de prodiges et de merveilles qui m’envahit et me domine.

Capharnaüm où réside le Prophète est à deux heures de marche de Magdala, et tout naturellement