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ROMANCIERS DE CHEZ NOUS

M. Harry Bernard aime, adore le parler populaire, le parler fruste, abrégé, syncopé, des bonnes gens ; il se complaît jusqu’en ses trivialités, et ne dédaigne pas d’en émailler les conversations. Il estime que cela donne du cachet, de la couleur à la peinture de la vie paysanne. Le procédé peut être louable, pourvu qu’on en use avec modération. Il est au surplus périlleux. Il expose à des infidélités ou à des variations arbitraires de langage chez un même personnage. James Robertson, bien qu’anglais d’origine, connaît évidemment à fond le parler de nos gens, toutes leurs abréviations, et tous leurs vocables familiers. Il le parle habituellement, ce langage, sauf quand il s’oublie, et qu’il fait des phrases académiques. Il emploie ce parler populaire avec ses fils, paysans comme lui ; et ses fils lui répondent en une langue impeccable. Pourquoi cette différence arbitraire ? Quand on a plusieurs paysans dans un roman ils devraient tous parler la même langue. Et c’est peut-être pour cela qu’il y faudrait être très sobre de tours populaires sous peine d’écrire un livre qui ne se lit pas. Louis Hémon nous a donné à ce sujet un exemple que feraient bien d’imiter nos romanciers canadiens. Le parler populaire dans Maria Chapdelaine n’a rien qui choque le lecteur, et il donne pourtant une impression suffisante de la conversation pittoresque de nos gens.

Ce qui paraît étrange dans la Ferme des Pins, c’est que le vieux Robertson, même quand il est censé causer en anglais, par exemple avec Miss Parker, s’exprime toujours en langue française populaire. C’est une autre distraction de M. Bernard, et qui est attribuable à son goût immodéré pour la transposition du langage incorrect et parfois trivial du peuple dans la littérature.

Il vaut pourtant la peine d’y prendre garde. Car un tel goût du vulgaire peut s’aller répandre jusque dans les récits du romancier, et gâter parfois leur tenue. J’avoue n’aimer pas que l’on compare James Robertson ahuri d’apprendre la mort de son fils Philippe, à « un bœuf