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NORD-SUD

Et la jeunesse canadienne s’en va vers la Californie. Du Nord elle se précipite vers le Sud, où l’attirent des fascinations irrésistibles.

C’est à ce moment précis de l’histoire économique du Bas-Canada, et à cette heure folle de l’exode californien, que s’ouvre la courte histoire, qui est à peine un roman, celle de Vincent et de Josephte.

Trop discret personnage que Vincent. Il s’est épuisé dans les Hauts, au lac des Folles-Avoines, où il s’était engagé : région marécageuse, où il a attrapé la fièvre tremblante. Il est le fils d’Hippolyte Douaire, habitant de Berthier. Et c’est un jour que le jeune convalescent est allé au moulin banal de la rivière Bayonne faire moudre du blé et carder de la laine, qu’on le voit avec Josephte, la jeune fille douce et belle de Maxime Auray. Celui-ci, Maxime, est un pauvre habitant ruiné par les sables qui ont envahi sa terre, et il devra bientôt vendre cette terre et son roulant pour aller vers la montagne, dans les Laurentides, recommencer sa vie sur un lot de colonisation.

Il faut lire tous les chapitres où va se développer avec lenteur, mais avec une grande variété d’incidents, et dans un cadre réaliste et neuf, l’idylle de Vincent et Josephte. Peu de place donnée à la passion elle-même, si l’on peut appeler de ce nom l’amour à la fois le plus timide, le plus profond, qui a jailli comme une source sous les saules, du cœur presque fermé des deux jeunes gens.

C’est autour de Vincent que se concentre l’intérêt du roman. Maintenant que sa santé est refaite et qu’il lui faut partir encore du foyer trop plein et trop pauvre des Douaire, acceptera-t-il de se faire colon sur les terres en forêts du Nord, ou partira-t-il pour la Californie où le veulent entraîner avec eux les garçons de son village ?

L’auteur du roman a planté ce point d’interrogation au milieu des multiples événements tour à tour pittoresques, gracieux ou dramatiques de la vie rurale. Et c’est ici que s’est révélé son art supérieur.