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JEAN RIVARD

la voiture des nouveaux époux. Le repas fut gai et copieux. On y chanta Vive la Canadienne, et À la claire Fontaine. Il y eut bal pendant la soirée, où les premiers violons de la paroisse parurent infatigables. On ne servit aux invités aucune liqueur alcoolique, parce que la croix de tempérance occupait une place d’honneur dans la maison des Routier. Le surlendemain, Jean Rivard et sa femme quittaient Grandpré, pour s’en aller habiter le rustique foyer du canton de Bristol.

Le roman devrait ici finir, puisque Jean Rivard est marié. Mais on sait que ce n’est pas un roman ordinaire que celui de Jean Rivard, et que, en vérité, ce n’est pas du tout un roman. C’est l’exposé vivant et pratique d’une thèse d’économie sociale ; et la thèse jusqu’ici développée n’est pas encore complète, ni suffisante. Nous savons ce que peut faire Jean Rivard défricheur ; l’on peut se demander ce que fera Jean Rivard agriculteur. Des lecteurs des Soirées canadiennes qui avaient suivi, en 1862, le récit de Jean Rivard le défricheur, qu’y publiait Gérin-Lajoie, demandèrent, en effet, à l’auteur ce qu’il était advenu de Jean après son mariage. Quelques-uns prétendaient que Louise avait dû mourir d ennui au milieu des bois de Bristol ; d’autres soutenaient que Jean Rivard, découragé par les larmes et les récriminations de sa femme, avait dû la ramener à Grandpré. Les moins pessimistes déclaraient que Jean Rivard, colon de plus ou moins persévérante bonne foi, avait dû vendre son lot et se lancer dans le commerce.

Il fallait faire taire tous ces cancans, et Gérin-Lajoie se décida à publier dans le Foyer Canadien de 1864, la suite véridique du roman de Jean Rivard, qu’il intitulera « Jean Rivard l’économiste ».

Nous ne pouvons faire l’analyse détaillée de cette