Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/143

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qu’on fait avec elles dans cette saison, il faut en user discrétement & avec modération. Quoiqu’une ruche soit bien pleine, & qu’elle pèse cinquante à soixante livres, il ne faut pas se laisser séduire par l’appât de tant de richesses, & ne point suivre une avidité démesurée, qui se contenteroit à peine de la moitié : on doit être satisfait d’enlever une hausse seulement, sans en ajouter par le bas, parce qu’il n’y a plus de récolte à faire. Il vaut mieux que les abeilles aient des provisions surabondantes, que si elles en manquoient ; on ne peut pas prévoir si l’hiver sera doux ou rigoureux : d’ailleurs, qu’on n’ait aucun sujet d’inquiétude touchant les provisions qu’on laisse aux abeilles ; elles les ménageront avec économie, & l’année suivante on pourra en faire son profit.

En taillant les ruches bien pleines au mois d’Octobre, on profite d’un miel excellent, qui perdroit une partie de sa bonne qualité en passant l’hiver dans la ruche. La cire qu’on prend alors est belle & plus facile à blanchir que quand elle est devenue rougeâtre par un trop long séjour dans la ruche, où les vapeurs qui sont occasionnées par les abeilles, lui font contracter une humidité qui la moisit. Les abeilles gagnent aussi à être privées d’une partie de leurs provisions, parce que leur logement, qui a une hausse de moins, n’est pas si vaste ; elles sont par conséquent plus chaudement.


Section IV

Est-il à propos de tailler les Ruches plusieurs fois dans la même année.


Lorsque les abeilles sont dans des positions très-avantageuses, & qu’elles peuvent faire plusieurs récoltes, il est certain qu’on peut dans la même année partager plusieurs fois avec elles les richesses qu’elles ont amassées. Dans les pays qui sont très-fertiles, souvent il arrive que des ruches qu’on aura taillées au commencement de Mai, seront plus fournies trois semaines après qu’elles ne l’étoient auparavant cette opération ; & comme la récolte n’est pas encore finie, c’est entretenir les abeilles dans l’ardeur pour le travail, que de leur donner de l’ouvrage à faire en vuidant une partie de leurs magasins. Dans bien des endroits, la récolte du miel & de la cire est finie, il est vrai, les premiers jours de Juillet ; mais dans ceux, au contraire, où l’on sème beaucoup de sarrasin, ou bled noir, & de la navette, où l’on fauche les prairies deux ou trois fois, les mois d’Août & de Septembre sont presque pour les abeilles un nouveau printems. Lorsqu’elles sont dans des positions si favorables pour leurs récoltes, on doit tailler les ruches de l’ancien systême dans le courant de Juillet, quoiqu’on l’ait déjà fait au commencement du mois de Mai, afin de donner aux abeilles assez de place pour loger les provisions que la campagne va leur offrir ; autrement on les exposeroit à perdre un tems précieux, si elles ne savoient où mettre les nouvelles richesses qu’elles peuvent encore