Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/145

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point d’enlever le couvain en les taillant, parce qu’il se trouve au milieu de la ruche, dont on ne prend que la partie supérieure, dans laquelle il est très-rare qu’il s’en trouve, à moins que les abeilles n’y soient établies que depuis peu ; & alors elles ne sont point dans le cas qu’on partage les provisions dont elles commencent à remplir leurs magasins.

Il faut encore connoître si le jour qu’on a destiné pour tailler les ruches, est favorable aux travaux des abeilles ; s’il ne l’étoit pas, il seroit bon de différer cette opération au lendemain, dans la crainte de les décourager. On connoît que le jour est favorable pour leur récolte, à l’empressement qu’elles ont de sortir de la ruche dès le matin, à leur vivacité dans les ébats qu’elles se donnent sur le devant de leur habitation avant de partir, & à leur ardeur à prendre leur essor pour aller voyager dans la campagne, & y ramasser des provisions. Quand elles sont au contraire dans une espèce d’inaction & d’engourdissement, qu’elles sont lentes à partir, & qu’on ne remarque pas dans leurs jeux cette vivacité sémillante, qui leur est si ordinaire, c’est une preuve que ce jour n’est point propre à leurs travaux, qu’elles le passeront en partie dans l’oisiveté : si l’on touchoit alors à leurs provisions, elles seroient capables de se dégoûter du travail, & de s’abandonner au pillage. Il est difficile d’assigner la cause de cette nonchalance, qui n’est pas toujours occasionnée par le mauvais tems : quoiqu’il fasse beau, que le soleil paroisse, & que le vent vienne du midi, il arrive quelquefois malgré cela que les abeilles ne sont point portées à l’ouvrage, qu’elles n’ont aucun goût pour le travail, & qu’elles se livrent à l’oisiveté : dans la crainte que plusieurs jours pareils se succèdent, on peut leur donner deux ou trois cuillerées de miel bien délayé avec un peu d’eau-de-vie ; ce mets, très-appétissant pour elles, réveillera leur ardeur & leur vivacité, & chassera la paresse.


Section VI.

De la manière qu’il faut tailler les Ruches de l’ancien systême, ou qui ne sont pas composées de plusieurs hausses.


C’est une expédition militaire, que d’entreprendre de tailler une ruche de l’ancien systême ; c’est exactement une place qu’il faut attaquer, & qui sera défendue vigoureusement par plus de trente mille abeilles, toutes bien disposées à résister avec courage à l’ennemi, & à conserver, au péril de leur vie, les richesses qu’elles ont amassées, & qu’on veut leur enlever. Il ne suffit pas d’être armé d’un fer tranchant ; si la troupe qu’on attaque fondoit tout à la fois sur l’ennemi, le fer qu’il auroit en main seroit une arme assez inutile contre tous les dards qui tomberoient sur lui ; & le meilleur parti qu’il auroit à prendre pour éviter toutes ces flèches empoisonnées, seroit celui de fuir : le courage le plus entreprenant ne seroit en pareille circonstance qu’une folle témérité, qui seroit bientôt punie par les châtimens les plus sévères & les plus cuisans. Quoi qu’en dise M. Simon, qui prétend