Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/150

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ruches, sur-tout quand elles ne sont point composées de hausses. M. du Carne de Blangy a deux manières de tailler les essaims de la même année, qui lui sont particulières, & qu’il a observées être très-propres à exciter l’ardeur des jeunes abeilles pour le travail.

La première consiste à soulever, de quelques lignes seulement, le couvercle de la hausse supérieure avec un ciseau, & de l’arracher ensuite avec violence, & avec le plus de légéreté & d’adresse qu’il est possible. Si la saison est trop avancée, c’est-à-dire, si on fait cette opération les premiers jours de Juillet, on remet le couvercle, après en avoir détaché les rayons sur la hausse qu’on n’a point dérangée de sa place : pendant le tems qu’on détache le gâteau du couvercle, on en remet un autre sur la ruche, pour empêcher les abeilles de sortir. Quand la saison est encore favorable pour la récolte du miel & de la cire, avant de remettre le couvercle, on ajoute par le haut une hausse vuide de deux pouce & demi de hauteur, & on remet le couvercle par-dessus, comme à l’ordinaire. En arrachant le couvercle, sans le séparer, avec le fil de fer, on emporte les seuls rayons de miel qui y restent attachés : quoiqu’ils soient très-fragiles, ils tiennent si fortement au couvercle, qu’ils ne s’en séparent pas, quand on l’arrache avec force : les gâteaux, au contraire, où est le couvain, se brisent à leur jonction avec ceux qui ne contiennent que du miel, & s’en séparent : par ce moyen, on est assuré que le couvain demeure dans la ruche.

La seconde manière de tailler les essaims, c’est d’enlever la hausse supérieure de la ruche, après l’avoir séparée de celle qui est en dessous avec le fil de fer, & de remplacer cette hausse par une autre de trois pouces de hauteur qu’on remet à la même place où étoit celle qu’on a prise : quand on fait cette opération, après le 26 Juin, la hausse qu’on ajoute ne doit avoir que deux pouces de hauteur, parce que la saison étant très-avancée, il faut donner peu d’ouvrage à faire aux jeunes abeilles, afin de ne point les décourager.

M. du Carne a observé qu’en donnant une hausse par le haut aux essaims de l’année, les abeilles travailloient avec plus d’ardeur, & la remplissoient en très-peu de tems ; qu’en les forçant de cette façon au travail, on les empêchoit d’essaimer la même année. Cette méthode ne convient qu’aux nouveaux essaims, parce que leur cire est toute fraîche ; elle n’est point praticable avec les anciennes ruches, parce qu’il est nécessaire que leur cire soit renouvelée. Il pourroit être avantageux de donner aux mères-ruches des hausses par le haut ; quelques-unes, au bout de dix ou douze jours, en rempliroient peut-être deux qu’on enleveroit, & dans lesquelles on seroit assuré de ne trouver que du miel & de la cire d’une excellente qualité. De cet avantage en apparence, il en résulteroit un très-grand mal qui perdroit la ruche dans trois ou quatre ans, parce que la cire, qui ne seroit point renouvelée, contracteroit une mauvaise qualité, en séjournant trop long-tems dans la ruche ; son odeur désa-