Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/301

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premier soin doit être d’épargner la dépense.

Rien n’est moins avantageux, au sentiment de Pline, que de trop bien soigner son champ. Faites-y ce qui est nécessaire, & rien de plus. Un fonds est mauvais quand il exige continuellement beaucoup de travail & d’argent pour le mettre en valeur. Surtout que votre domaine ne soit pas trop étendu : n’imitez pas ces gens qui semblent posséder moins pour jouir, que pour empêcher les autres de jouir. Il vaut mieux moins semer, & mieux labourer… Le champ doit être plus foible que le laboureur, dit Columelle : si le fonds est plus fort, le maître sera écrasé. On pourroit ajouter ici l’adage françois : Qui trop embrasse, mal étreint.

Achetez d’un bon maître, vous dit Caton ; il y a de l’avantage à acquérir un domaine en bon état. Bien des gens croient que l’on gagne à acquérir d’un propriétaire négligent, à cause qu’il vend moins cher : ils se trompent. L’acquisition d’un bien délabré est toujours un mauvais marché.

Que l’habitation soit proportionnée à la grandeur du domaine ; qu’elle regarde, s’il est possible, le nord dans les climats chauds, le midi dans les climats froids, & l’orient équinoxial dans les cantons tempérés. Pline.

Qu’il y ait de l’eau, qu’elle soit près d’une bonne ville, près de la mer ou d’une rivière navigable, ou du moins d’un grand chemin fréquenté, & qu’on puisse à la proximité trouver des ouvriers & des bœufs. Caton.

Ne bâtissez qu’après avoir planté, ou plutôt achetez, comme on dit, la folie d’autrui, pourvu que l’entretien n’en soit pas à charge.

Si votre maison est bien bâtie, bien située, vous l’habiterez avec plus de plaisir & plus long-tems ; votre fonds en sera mieux tenu, & vous en retirerez plus de revenu. L’œil du maître engraisse les champs, dit Pline. Magon le carthaginois prétendoit qu’en achetant un bien de campagne, on vendît la maison de ville. Pline trouve le précepte trop rigide, & contraire au bien public : & Pline a tort ; sur l’un & sur l’autre objet, il n’est pour voir que l’œil du maître, & le maître voit mal quand il ne voit pas chaque jour.

Le domaine acheté, ne méprisez pas légérement les méthodes du pays. Pourvoyez-vous d’un économe habile ; n’abandonnez pas à des esclaves la conduite de votre bien ; ils font mal tout ce qu’ils font, comme on doit l’attendre des gens qui n’ont rien à espérer. On peut en dire autant de nos journaliers.

Vivez bien avec vos voisins : ne souffrez point que vos gens leur donnent lieu de se plaindre. Si vous avez su vous attirer la bienveillance du voisinage, vous vendrez mieux vos denrées, & vous trouverez plus aisément des ouvriers. Si vous bâtissez, on vous aidera ; s’il vous arrive un accident, on volera à votre secours. Caton dit encore, que tout soit achevé dans son tems, Les travaux de la campagne sont tels, que si vous commencez une chose trop tard, tout le reste sera pareillement retardé.

Celui qui emploie le jour à des