Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/335

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propres de l’écorce ? De là, pénétrant à travers les fibres ligneuses, il va s’insinuer dans les trachées & les autres vaisseaux.

Tâchons de démontrer ce principe par quelques expériences. En se servant de l’appareil ingénieux de M. Hales (Statique des végétaux, exp. 47), substituez une racine à la place d’une branche, c’est-à-dire, si l’on cimente une racine à un tuyau de verre d’un assez grand diamètre que l’on cimente lui-même à un autre d’un moindre, qui plonge dans une cuvette pleine d’eau, l’air contenu dans ces deux tuyaux sera bientôt pompé & sucé par la racine, & l’eau contenue dans la cuvette s’élèvera proportionnellement dans le tube inférieur. Pour se convaincre que l’air n’est pas attiré par les vaisseaux seuls qui s’abouchent aux extrémités de la racine, mais aussi par l’écorce, comme le croit M. Anderson, dans son ouvrage intitulé, Essays relating on agriculture, Edimb. 1777, il suffit d’enduire ces extrémités de poix ou d’autres matières résineuses ; l’écorce agira seule, attirera l’air, & s’en remplira. Nous voyons tous les jours les bulbes d’oignons pousser des tiges & des feuilles, quoiqu’ils ne soient point dans la terre ; les gros navets conservés dans des lieux frais, poussent des feuilles. Enfin, M. Miller, botaniste anglois, ayant laissé une racine de bryone sur un banc d’une serre chaude, depuis le mois de Février jusqu’au mois d’Avril, il vit avec étonnement qu’elle avoit poussé des branches de trois pieds & demi de longueur, garnies de grandes & belles feuilles. L’oignon de scille, suspendu au plancher, pousse une tige de plusieurs pieds, produit des feuilles, des fleurs & son fruit. Il est donc constant que la surface totale des racines, travaille à la nourriture générale de la plante dont l’air forme certainement une des parties principales.

L’écorce en pompe une quantité plus grande que les racines. Quelques savans ont cherché à s’en assurer par différentes expériences ; mais toutes ne sont que des variétés de celles de M. Hales. Il prit un bâton de bouleau garni de son écorce, de seize pouces de longueur, & de trois quarts de pouces de diamètre ; il le cimenta bien au trou du sommet d’un récipient d’une machine pneumatique, après avoir mis son bout d’en bas dans une cuvette pleine d’eau, & couvert de ciment fondu le bout qui étoit hors du récipient. Cet appareil ainsi disposé, il pompa l’air du récipient : il sortit continuellement un nombre infini de bulles d’air hors du bâton dans l’eau de la cuvette, ce qui continua tout ce jour-là, la nuit suivante & jusqu’au lendemain à midi, qu’il garda son récipient vuide d’air. Il le conserva même assez long-tems en cet état, pour se bien assurer que l’air passoit à travers les pores de l’écorce, & fournissoit ainsi cette longue succession de bulles qui paroissoient dans la cuvette. Il couvrit même de mastic cinq vieux yeux qui se trouvoient sur la partie du bâton hors du récipient ; l’air ne laissa pas de continuer toujours à passer librement dans la cuvette. Dans cette expérience, & dans plusieurs autres faites sur des bâtons d’autres arbres, l’air qui ne pouvoit entrer que par l’écorce du mor-