Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/337

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Nous avons vu les racines & l’écorce de la tige pomper l’air de l’atmosphère avec les particules nourrissantes dont il est imprégné ; les feuilles ont infiniment plus de force, & elles jouent un si grand rôle dans le méchanisme de la nutrition, que plusieurs auteurs n’ont pas craint d’avancer que l’organe de la nutrition réside dans les feuilles seules ; entr’autres M. de Saussure le père. (Mémoire sur la culture du bled & de la vigne, Genève.) Nous n’agiterons pas ici cette grande question, que nous renvoyons au mot Nutrition ; mais nous allons examiner si l’air pénètre les feuilles : on n’en peut absolument douter, l’expérience suivante le confirme. À la place du morceau de bois dont on s’est servi dans l’expérience que nous avons citée, qu’on y substitue une tige garnie de ses branches, & qu’on enduise d’un vernis tout ce qui n’est pas feuille ; faites agir la machine pneumatique, & l’air sortira en grande abondance à travers l’eau dans la cuvette. La plupart des savans ont regardé les feuilles comme les vrais poumons des plantes, les organes de leur respiration. Dans cette hypothèse, les feuilles doivent avoir des pores absorbans & des pores excrétoires. Les uns, placés à la partie supérieure des feuilles, aspireroient l’air ; & les autres, disséminés sur la surface inférieure, surtout dans les arbres, l’expireroient. Quelque ingénieuse que soit cette hypothèse, nous n’avons pas assez de preuves certaines & décisives pour l’admettre entièrement ; mais du moins il est constant que la surface des feuilles est criblée de pores extérieurement & intérieurement ; le parenchyme & le tissu cellulaire sont traversés par un grand nombre de trachées. Si on renferme une plante dans un vase que l’on renverse dans une assiette pleine d’eau, avec une quantité donnée d’air commun, & qu’on la place dans un endroit obscur, on trouvera, après quelque tems, qu’elle aura absorbé une certaine portion de cet air. Cette quantité diffère beaucoup, selon la nature particulière de la plante, & selon les différentes circonstances qui peuvent avoir lieu dans cette expérience. En général, il paroît que les plantes aquatiques en absorbent une plus grande quantité, & toutes en absorbent un volume plus considérable dans la nuit que pendant le jour. Quelques essais que j’ai tenté sur cet objet, m’ont donné les résultats suivans. En quinze heures de tems, une feuille de mauve a absorbé environ 810 lignes cubes d’air ; une feuille de passe-rose 518 ; une feuille de concombre 254 ; une feuille de bourrache 169 ; une feuille de bette 146 ; une feuille de gramen 134 ; une feuille de capucine 71 ; une branche de buis, chargée de treize feuilles, 45 ; & une feuille de crête-de-coq, 45. La feuille de gramen m’a paru en général absorber l’air plus vite que les autres plantes. Quand il en est passé une certaine quantité dans la plante, qu’elle en a, pour ainsi dire, été saturée, elle ne peut plus en pomper ; c’est à l’acte de la végétation à l’élaborer, à approprier le volume nécessaire, & à rejeter le superflu.