Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/37

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lui-même, de manière à ne pas s’y méprendre, & cependant il ne l’a pas reconnue pour de la cire brute, peut-être un peu digérée. Ces deux estomacs sont capables de contraction comme ceux des animaux qui ruminent ; ils renvoient à la bouche par ce mouvement de contraction la matière dont ils sont remplis.

L’aiguillon est placé dans le ventre de l’abeille sous les derniers anneaux ; son mouvement est en tout sens de dedans en dehors, & de dehors en dedans par l’action des muscles auxquels il est attaché. Cette arme très-dangereuse, dont le méchanisme est si merveilleux, est composée de deux branches logées dans un étui comme deux épées dans le même fourreau. L’étui est de deux pièces écailleuses, assemblées par le moyen d’une languette qui est reçue dans une coulisse ou rainure. À mesure que l’aiguillon est dardé, les deux pièces qui lui servent de fourreau s’en écartent ; & lorsqu’il est entièrement sorti, l’une est à droite, l’autre à gauche, & hors de sa direction : l’aiguillon est aussi composé de deux branches adossées l’une à l’autre ; leur base, qui est courbe, est placée hors de l’étui : les côtés extérieurs de ces branches, depuis leurs pointes jusqu’à une certaine hauteur, sont garnis de dix dents dont la pointe est dirigée vers la base de ces branches ; quand elles sont réunies & hors de leur fourreau, elles ressemblent parfaitement à une flèche qui auroit plusieurs dentelures de chaque côté : c’est par le secours de ces dents, qui lui servent de point d’appui, que l’aiguillon pénètre dans les chairs, & y demeure ; dès qu’une de ces branches est enfoncée, elle se fixe & devient un point d’appui pour celle qui reste en arrière, qui s’enfonce à son tour & plus avant que l’autre ; c’est un office qu’elles se rendent réciproquement : ces dentelures retiennent l’aiguillon dans les chairs, d’où il ne peut sortir sans éprouver beaucoup de frottemens qui retardent sa sortie.

Si la piquûre est douloureuse pour celui qui la ressent, elle est toujours mortelle pour l’abeille qui laisse son aiguillon dans la plaie qu’elle a faite : cela arrive toutes les fois qu’on la force de se retirer promptement après avoir piqué ; alors on ne lui donne pas le temps de retirer peu-à-peu son aiguillon qui est retenu dans les chairs par les dents dont il est bordé : en s’échappant avec trop de précipitation, elle laisse dans la blessure qu’elle vient de faire, l’aiguillon, l’intestin rectum & toutes ses dépendances ; plusieurs parties écailleuses & ligamenteuses, qui étoient attachées aux derniers anneaux du ventre ; & la vésicule du fiel.

Quoique l’aiguillon soit séparé du corps de l’abeille, il peut encore par l’action de ses fibres qui lui restent attachées, se mouvoir & pénétrer plus avant dans la plaie ; il est donc prudent de le retirer tout de suite, afin qu’il n’insinue pas le venin plus avant, & qu’il rende par ce moyen la douleur plus vive. La piquûre qu’il fait n’est douloureuse & suivie d’inflammation, que par le venin que l’abeille exprime de la vésicule qui le contient au moment qu’elle enfonce son dard empoisonné. Ce venin est une liqueur limpide qui paroît au bout de l’aiguillon, qui