Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/395

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est pour distiller au bain-marie ; mais lorsqu’il faut distiller à feu nud dans le même alambic, on ôte le bain-marie. Si on pose le chapiteau sur la chaudière, on s’appercevra qu’il est trop bas dans toute la hauteur du collet du bain-marie, & les becs du chapiteau ne peuvent plus s’unir avec les serpentins ; mais on fait pratiquer un cercle en cuivre ou en étain, de même diamètre que la chaudière, & de même hauteur que le collet du bain-marie. On adapte ce collet sur la chaudière, & on met le chapiteau par dessus : alors, on a la même hauteur que si l’on distilloit au bain-marie, & les becs du chapiteau se rapportent parfaitement bien avec l’ouverture des serpentins.

Chaque cuve du serpentin est garnie d’un robinet S S, Fig. 1, Pl. 11, pour les vider lorsque cela est nécessaire ; elle contient encore un tuyau de décharge ou de superficie T. Ce tuyau est destiné à évacuer l’eau chaude du serpentin, lorsqu’il convient de l’ôter. On met dans la cuve un entonnoir V, dans un tuyau qui descend jusqu’au bas. On fait tomber l’eau d’une pompe dans l’entonnoir. Comme l’eau froide est plus pesante que l’eau chaude, elle se précipite au fond, elle élève d’autant la surface de l’eau qui sort par le tuyau T de décharge ou de superficie. Cette méchanique est nécessaire pour les alambics de grande capacité, où l’eau contenue dans les serpentins n’est pas suffisante pour rafraîchir la totalité de la liqueur qui doit distiller, & où il faut changer d’eau pendant la distillation. Comme l’eau de la cuve ou pipe des serpentins s’échauffe par la partie supérieure, & de couche en couche, on peut, au moyen de cette machine fort-simple, ôter l’eau chaude quand il y en a.

On est redevable à M. Munier, sous-ingénieur des ponts & chaussées de la ville d’Angoulême, de la première idée de ce rafraîchissoir. On en voit la représentation dans la gravure, fig. 4, qui accompagne son mémoire inséré dans le Recueil des Mémoires sur la manière de brûler les eaux-de-vie, couronnés & publiés par la société d’agriculture de Limoges, en 1767. M. Munier le place à l’extérieur de la pipe, & M. Baumé à l’intérieur, ce qui revient à peu près au même.

Je desirerois, pour plus grande perfection, que, par ce tuyau, il coulât toujours une petite quantité d’eau, & que, par une échancrure au haut de la pipe, il s’échappât par un tuyau, la même quantité d’eau que celle qui coule par l’autre. Il en résulteroit que les vapeurs se condenseroient beaucoup mieux par une graduation de fraîcheur successive, & qui iroit toujours en augmentant, de sorte que l’eau froide du bas de la pipe feroit que le filet d’eau-de-vie qui coule par le bas du serpentin, seroit lui-même très-froid ; ce qui est un point des plus essentiels.

Au moyen de cet alambic chargé d’eau-de-vie commune, on retire l’esprit-de-vin par une ou par deux chauffes, suivant le degré de spirituosité qu’on desire.