Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/40

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veau, si elles se réveillent, afin de finir l’opération.

Un autre moyen de les compter seroit de les noyer. M. de Réaumur en a fait souvent usage sans aucun danger pour les abeilles, soit pour savoir leur nombre, soit pour différentes autres observations : on plonge pour cet effet la ruche dans un baquet rempli d’eau ; on l’y laisse dix à douze minutes ; ensuite on la retire, on ramasse avec une cuiller percée toutes les abeilles qui sont restées sur l’eau, pour les mettre sur un linge propre, afin de les compter. Quand on ne veut pas les mettre à ces sortes d’épreuves, & qu’on ne veut savoir leur nombre qu’à-peu-près, on se contente de les peser. (Voyez la cinquième Section de la fécondité de la reine, où il est dit comment on procède à cette opération, pag. 18.)


CHAPITRE V.

Des voies que suit la Nature dans la reproduction des Abeilles.


Section première.

Opinions des anciens Philosophes sur la génération des Abeilles.


Aristote, après avoir assuré que l’espèce des abeilles ne produit ni œufs ni vers, dit cependant que plusieurs rois sont utiles dans une république d’abeilles, pour qu’elles multiplient. Quoiqu’on ait lieu de présumer qu’il a regardé le roi comme le mâle de l’espèce, & que son concours avec les femelles produisoit des individus abeilles, ce sentiment ne l’a point empêché de croire qu’elles étoient produites par d’autres voies merveilleuses. Virgile a pensé qu’elles étoient de chastes vestales qui ne connoissoient point les plaisirs de l’hymen, ni les douleurs de l’enfantement. Il qualifie leur race d’immortelle, parce que chaque printems lui offre dans le sein des fleurs, de nouveaux sujets pour repeupler son empire. Le privilége de posséder le germe d’où naissoient les abeilles, n’appartenoit point à toutes sortes de fleurs : il étoit réservé à celles du cérinthé, selon quelques-uns ; d’autres l’accordoient à celles de l’olivier ; d’autres enfin vouloient que le roseau possédât exclusivement ce germe fécond. Dans la fable du berger Aristée, Virgile raconte en vers très-beaux & très-élégans, comment on peut faire naître des abeilles de la chair corrompue d’un jeune taureau qu’on étouffe dans un endroit fermé au commencement du printems. Il est assez inutile de rapporter les détails & les précautions qu’exige une telle opération, parce qu’il n’est pas à présumer qu’on soit curieux de faire cette épreuve & de sacrifier un jeune taureau, malgré toute la confiance que Virgile s’efforce d’inspirer par le témoignage des égyptiens, qui avoient recours à ce moyen pour se procurer des abeilles.

C’étoit une opinion généralement adoptée des anciens, que l’imagination des poëtes avoit contribué à accréditer, que les abeilles naissoient des chairs corrompues. Le taureau produisoit les meilleures ; celles qui naissoient du lion partageoient le courage de ce fier animal ; la vache en produisoit qui étoient douces & traitables, & celles qui provenoient du veau étoient toujours foibles. Le