Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/440

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ans, ou tout au plus tard tous les huit ans.

Le fonds est de terre légère ou de terre forte. S’il a peu de profondeur, & qu’il soit sec & léger, on ne le sème qu’une fois ; & pour cela, on y conduit, sur la fin de Septembre, une dizaine de voitures de bon fumier par arpent de trente-six mille pieds quarrés. On laboure tout de suite, & on renverse le gazon. Comme le terrain est léger, la charrue ordinaire peut très-bien faire cet ouvrage.

À la suite de la charrue, on place six à huit armes de houes tranchantes, & des pioches pour rompre, couper, menuiser, briser les mottes, jusqu’à ce que les plus grosses n’excèdent pas la grosseur du poing.

Dès que le terrain est ainsi préparé, on y sème de l’épeautre, (voyez ce mot) qu’on recouvre avec la herse, & l’on y fait passer immédiatement le rouleau, si le terrain & le tems sont secs ; car si l’un ou l’autre étoit humide, il faudroit, pour ne pas pétrir la terre, différer même, s’il étoit nécessaire, jusqu’au printems.

Au printems suivant, avant que les plantes soient en mouvement, on sarcle le champ, ou à la place du sarclage, on le herse avec des fagots d’épine. Le sarclage, cependant, est préférable ; ces herbes qu’on arrache seroient également nuisibles au fourrage à venir & au grain présent.

Après la récolte de l’épeautre, le terrain se trouve tout gazonné de lui-même. Il ne reste plus qu’à éloigner les bestiaux, & à le herser au printems suivant, pour détruire les plantes grossières.

Si le terrain est pesant & argileux, on y sème deux années consécutives de l’épeautre, en y donnant chaque fois les mêmes cultures dont on vient de parler, avec cette seule différence que le fumier employé à la seconde semaille, doit être moins consommé que celui qu’on a employé à la première. On a observé que le fumier moins consumé porte plus de semences de prairie sur les terrains où on l’ensevelit.

Il arrive quelquefois qu’après ces deux labours, le terrain ne se gazonne pas parfaitement, & qu’il y a des places dégarnies ; on y remédie en répandant, sur les places vides, de la poussière de grange, ce qui se fait quelques semaines après la récolte, ou au printems.

Quoique ces prés soient irrigables, on ne les arrose point sur la première année, surtout si le terrain est léger & en pente ; s’il est en pente & argileux, on peut l’arroser pourvu que ce soit avec modération, & seulement au printems.

Si le terrain est sec & qu’il ne puisse point être arrosé, on y fait d’abord passer la charrue & la herse, comme dans le cas précédent, & l’on y sème de la fenasse ou fromental ; on herse ensuite & l’on roule le terrain : ceux qui ont des fumiers y en répandent pendant l’hiver, & ils doublent la récolte ; on fait ainsi le tour de ses terres, & on les ouvre à mesure qu’on s’apperçoit que la mousse les gagne.

L’alternative suivie dans les lieux où les bleds d’hiver ne peuvent réussir à cause du froid, ne diffère pas essentiellement : on ouvre le terrain, lorsque l’on voit