Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/54

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


sans cesse sur les gâteaux. Cette espèce de prison dans laquelle il se trouve renfermé, devient pour lui un laboratoire, où il commence à exercer les talens dont la nature l’a doué. Après avoir fini de manger sa provision, il se déroule, s’alonge dans sa cellule, qui est propre & nette, & file une soie extrêmement fine, dont il tapisse tout l’intérieur de sa prison.

M. Maraldi n’a point soupçonné les vers d’abeilles d’avoir une pareille industrie ; Swammerdam, qui a eu la patience de détacher ces sortes de tapisseries, a cru que le ver filoit avant d’être enfermé : quelque adresse qu’on suppose aux abeilles, il ne seroit point possible qu’elles appliquassent leur couvercle aussi exactement qu’elles le font sans endommager la soie qu’auroit filé le ver. En séparant toutes ces tapisseries, qu’aucun ver ne se dispense d’appliquer dans l’intérieur de son logement, on pourroit savoir par leur nombre combien d’abeilles ont pris naissance dans la même cellule. Lorsque le ver a fini son ouvrage, il reste encore alongé & étendu un jour ou deux ; au bout de ce terme, sa peau se fend sur le dos, & la nymphe sort par cette ouverture.


Section V.

De la Nymphe, du tems qu’elle passe dans sa captivité, & comment elle sort de sa prison.


La nymphe paroît très-blanche dès qu’elle a quitté sa dépouille de ver ; on distingue aisément sous son enveloppe, qui est très-mince, toutes les parties extérieures de l’abeille, qui sont ramenées en avant : dans douze jours, environ, toutes les parties de son corps acquièrent la consistance qui leur est nécessaire ; au bout de ce terme, elle déchire l’enveloppe qui tenoit ses ailes & ses membres emmaillottés. Le premier usage qu’elle fait de ses dents, c’est de briser le couvercle de cire qui la tenoit en prison dans sa cellule ; elle le perce vers le milieu, & le ronge peu-à-peu jusqu’à ce que l’ouverture soit assez grande pour qu’elle puisse passer : lorsqu’elle est forte, dans trois heures elle a rompu les portes de sa prison ; il y en a qui sont trop foibles pour les briser, & qui périssent par cette raison dans leurs cellules. Les abeilles, après avoir eu tant de soin de leur enfance, les abandonnent dans ces momens où leurs secours leurs seroient utiles pour abattre les murs qu’elles-mêmes ont élevés.

À peine une nymphe a-t-elle fait une ouverture assez considérable pour sortir de sa cellule qu’elle y passe la tête & ensuite ses premières jambes, qui lui servent de crochets pour aider à sortir le reste de son corps : lorsqu’elle est entiérement dehors, elle se repose sur les gâteaux, assez près de sa cellule ; ses compagnes, ou, pour mieux dire, ses nourrices, s’approchent d’elle pour lui rendre les services les plus officieux : elles s’empressent à la lécher, à essuyer ses ailes encore humides, à lui offrir du miel en étendant leur trompe devant elle ; d’autres vont tout de suite visiter sa cellule, & la nettoyer afin qu’elle puisse servir à une nouvelle éducation : elles enlèvent la dépouille du ver, de la nymphe, & la mettent