Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/542

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ce qui concourt à former la superbe machine du corps humain, le cultivateur n’est pas moins intéressé à connoître tout ce qui entre dans la composition d’une plante. L’anatomie ou l’examen partiel du végétal lui est de la même nécessité. Comment pourra-t-il raisonner sur la culture, sur la maladie, sur les remèdes, s’il ne peut distinguer la partie qui souffre d’avec celle qui est dans un état sain ? dans quelles suites funestes pour la pratique ne le jettera pas la confusion qu’il fera ? Je sais bien que le laboureur qui prépare son champ, jette son grain, & attend des soins bienfaisans de la providence qu’il germe, se développe, croisse, & lui rapporte dans la saison une récolte abondante, ne s’inquiète point des parties qui composent la plante dont le fruit doit combler ses espérances ; le jardinier routinier qui aligne une planche, y repique des choux ou de la salade, ne pense peut-être jamais à la différence anatomique qui existe entre la racine, la tige, la feuille de la plante qu’il tient dans ses mains ; mais nous l’avons déjà dit, ce n’est pas pour le simple manœuvre que nous écrivons : il est une classe instruite déjà, ou qui cherche à la devenir, pour laquelle nous entrons dans ces détails. Elle doit un jour diriger ces mêmes ouvriers, leur apprendre & leur faire concevoir le danger de leur mauvaise pratique, & l’utilité d’une meilleure. Comment elle-même viendroit-elle à bout de s’en convaincre, si une saine théorie n’étoit la base d’une bonne pratique ? & cette théorie peut-elle avoir un fondement plus solide que la connoissance exacte de l’être que l’on veut faire vivre & conserver en santé ?

L’étude de l’anatomie végétale est donc d’une nécessité indispensable à tout cultivateur intelligent, ou pour mieux dire, il est impossible d’être un excellent cultivateur sans cette connoissance au moins générale. Pour se perfectionner dans cette science, un simple coup d’œil ne suffit pas : l’étude d’un jour n’apprend rien ; des idées vagues & confuses ne produisent aucuns principes certains. Il faut long-tems travailler, examiner, disséquer même, pour s’instruire à fond ; encore tous les jours apprend-on quelque chose de nouveau. Ce n’est qu’insensiblement que la nature nous dévoile ses secrets, & ses richesses ne sont accordées qu’à notre constance. Plus on considère la plante la plus simple & la moins frappante, plus l’on y découvre de beautés. Toutes les parties qui forment un végétal en général, se retrouvent dans le particulier ; mais il est rare qu’il ne s’y rencontre pas quelque différence qui l’empêche de le confondre avec les autres. Si l’on ne connoît pas les parties communes, comment s’appercevra-t-on des différentielles ?

Il est aussi facile de composer un traité d’anatomie végétale, qu’il est facile de faire celui de l’anatomie animale, ou plutôt ce traité est tout fait : les différens articles sont répandus dans cet Ouvrage aux mots essentiels. Il ne s’agiroit que de les rassembler, & d’en faire un corps de doctrine. Pour la commodité des lecteurs, nous allons en tracer ici le plan ou le tableau.