Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/609

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véreuse, & la partie se détache en détail, tombe en lambeaux, & durcit. Dans ce dernier degré, tous les secours humains ne peuvent parvenir à rappeler à la vie une partie morte ; il faut couper tout ce qui est gâté bien exactement, afin de préserver d’un sort aussi funeste les parties voisines.


II. Usages des antiseptiques dans les maladies produites par la putridité qui a son siège dans les premières voies.

On reconnoît la présence des matières putrides dans l’estomac, aux signes suivans, & ces signes sont toujours proportionnés aux différens degrés de la putridité.

Premier degré. Le malade éprouve du dégoût pour la viande, son appétit diminue, sa langue blanchit, sa bouche est pâteuse, le matin sur-tout ; il trouve le vin mauvais, il ne veut boire que froid, il éprouve des rapports aigres, & quelques nausées.

Deuxième degré. La pourriture commence à se développer, le malade éprouve un dégoût plus considérable, son appétit est entiérement perdu, sa langue est jaune, sa bouche est amère, il a une horreur invincible pour le bouillon gras & pour toute substance animale, son altération croît, il a des rapports amers, des vomissemens de matières bilieuses, & il est tourmenté de coliques de bas-ventre, suivies de diarrhées bilieuses & putrides.

Troisième degré. La pourriture croît, le malade sent des chaleurs d’entrailles, ses dents, sa langue & sa bouche sont couvertes d’une croûte sèche, jaune, noire, son ventre se soulève & s’enflamme, les évacuations sont jaunes, vertes, noirâtres, peu copieuses & très-fétides.

Quatrième degré. Le malade est accablé, le délire s’empare de lui, sa langue est noire, sèche, quelquefois rouge, ou d’un brun livide ; il refuse tout ce qu’on lui présente, son ventre est soulevé, tendu & sans douleur, les matières coulent involontairement, & elles infectent par leur odeur cadavéreuse.

Tels sont les degrés que parcourt la putridité qui a son siège dans les première & seconde voies, c’est-à-dire, dans l’estomac & dans les intestins.

La cause des différens degrés de la putridité, tire sa source des dérangemens qui surviennent dans la digestion : la digestion se fait par un mouvement de fermentation commençante, excitée par l’action des sucs de la digestion, & par la chaleur & le mouvement des parties qui servent à la digestion sur les substances alimentaires. De cette fermentation commençante, il résulte une liqueur blanche & douce, nommée chyle, qui sert à la réparation des pertes continuelles que fait le corps. Si cette fermentation est poussée au delà des bornes prescrites, le désordre s’introduit dans la fonction intéressante de la digestion, & de là naissent les différens degrés de la pourriture. Or, si les alimens séjournent trop long-tems dans l’estomac, comme chez les gens délicats ou usés par l’intempérance, la débauche & les maladies ; chez ceux qui troublent leur digestion par le travail forcé après avoir mangé, comme les malheureux