Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/614

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sa première impression ; enfin, il n’est pas inutile d’observer que la mal-propreté peut donner naissance aux aphtes, en rendant les humeurs plus acrimonieuses.

Lorsque les enfans sont menacés des aphtes, leur humeur change, ils éprouvent un mal-être qui les fait crier, parce que la matière propre à donner naissance aux aphtes roule dans la masse du sang ; l’odeur d’aigre se fait sentir plus qu’à l’ordinaire, leur appétit se perd, ils éprouvent de petites coliques suivies de dévoiement : quand ils sont encore au teton, la nourrice éprouve, dès que l’enfant a cessé de teter, une grande démangeaison au sein, & une grande chaleur à la bouche de l’enfant pendant qu’il tète. Si l’enfant est en âge de parler, il indique l’endroit qui lui fait mal, en montrant sa bouche. Si on examine la bouche du petit malade, on apperçoit de petits ulcères blancs, arrondis & superficiels dans les commencemens ; si le mal croît, la fièvre s’élève, l’enfant ne peut plus teter & dépérit ; si les aphtes se multiplient, les lèvres, la bouche, le gosier & le col grossissent, & l’enfant avale avec peine. Si les aphtes gagnent le gosier & l’estomac, l’enfant rejette par le vomissement toutes les nourritures qu’il prend : si les aphtes s’étendent jusque dans le ventre, l’enfant est tourmenté de coliques & de dévoiemens sanguins, de matières infectes : enfin, si les aphtes sont épidémiques, comme en automne, au printems, & dans les grandes chaleurs, beaucoup expirent, victimes de ce fléau destructeur.

Les aphtes deviennent une maladie sérieuse, parce que la succion & la déglutition étant gênées, la nourriture des enfans ne se fait qu’imparfaitement, ou se fait mal ; il arrive même quelquefois que cette intéressante fonction, la nutrition, est absolument impossible. Quand les aphtes gagnent le gosier, l’estomac, la poitrine & les intestins, le danger croît ; alors ces innocentes créatures éprouvent de vives douleurs, sont tourmentées par une toux cruelle : quand les aphtes sont dans la poitrine, elles ne prennent aucun repos, elles sont sans cesse agitées, le sommeil fuit de leurs paupières, les humeurs se dépravent, & le danger est des plus éminens. Le danger croît en proportion que les aphtes descendent, & il est porté à son dernier degré quand elles déchirent les intestins. Lorsque les aphtes sont épidémiques, elles menacent du plus grand danger, parce qu’elles sont toujours compliquées avec des fièvres malignes de mauvais caractère : on les guérit aisément quand elles n’ont pas gagné le gosier & l’estomac ; mais elles sont le plus souvent incurables, quand elles siégent dans les intestins. Si les enfans continuent de teter, l’espérance n’est point perdue ; mais s’ils refusent le teton par l’excès des douleurs, & par l’impossibilité d’avaler le lait, leurs jours foibles & délicats ne tardent pas à s’éteindre.

Pour guérir les aphtes, il faut sevrer l’enfant s’il est encore à la mamelle. Si les aphtes sont le produit du mauvais lait de la nourrice, on lui en donne alors une bonne ; on fait prendre à l’enfant cinq grains de rhubarbe dans vingt-quatre grains