Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/62

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


l’objet de leur attachement ; on ne se contente pas alors de ne lui témoigner que de l’indifférence, on la voit avec peine à la tête de la république, & l’on s’en défait, afin de la remplacer par une plus jeune, qui plaît davantage par cette qualité.

L’union qui règne parmi les ouvrières, est plus solide, & n’est point sujette aux mêmes revers : on ne les voit pas se défaire de leurs compagnes que la vieillesse ne rend plus propres aux travaux pénibles auxquels elles se sont livrées pendant leur jeunesse ; on les supporte volontiers, & l’on ne hâte point leur mort par les mauvais traitemens. Dans leurs ouvrages, elles sont toutes empressées à s’aider mutuellement : celles qui sont occupées dans l’intérieur, attendent les pourvoyeuses, vont à leur rencontre pour les soulager d’une partie de leur fardeau ; elles les brossent, les caressent avec leur trompe, elles cherchent à adoucir, par ces attentions, les peines & les maux qu’elles endurent en travaillant pour la société : celles-ci répondent à tant d’empressement, & témoignent leur reconnoissance en étendant leur trompe devant leurs compagnes, pour leur offrir du miel, & les dédommager de celui qu’elles ne peuvent aller recueillir sur les fleurs. Une seule d’entr’elles qui est arrêtée par quelqu’ennemi, suffit pour répandre l’allarme dans tout l’état ; à peine a-t-elle donné, par un bourdonnement aigu, le signal de l’attaque, qu’on vole à sa défense.


Section VIII.

Combats des Abeilles avec leurs ennemis & entr’elles.


Les abeilles ne livrent jamais de combats à leurs ennemis, que lorsqu’ils viennent les attaquer dans leur domicile : parmi ceux-ci, il y en a qui sont armés comme elles, qui peuvent par conséquent leur faire des blessures aussi dangereuses que celles qu’ils s’exposent à recevoir : d’autres, sans aucune sorte de défense, conduits par une aveugle stupidité, comme les papillons, les chenilles, les limaçons, &c. sont bientôt repoussés & mis à mort par la troupe guerrière qui les combat avec avantage, sans craindre d’éprouver les mêmes coups qu’elle porte. Il n’en est pas de même des premiers ; ce n’est qu’à la dernière extrémité que les abeilles se décident à les combattre ; elles se contentent de les repousser & de leur interdire l’entrée du domicile ; elles s’attroupent à cet effet aux portes, pour soutenir les gardes qui veillent à la sûreté de l’état, & pour empêcher qu’on ne livre quelque attaque. Si elles étoient certaines de la victoire, sans craindre les armes qu’on oppose aux leurs, leur courage se ranimeroit, & elles seroient les premières à les attaquer. Quoiqu’en petit nombre, leurs ennemis souvent ne sont point effrayés de la troupe qui s’oppose à leurs incursions ; ils usent les premiers de violence pour la forcer à céder ; les abeilles alors s’irritent, & tombent sur eux avec fureur ; elles se rangent plusieurs contre un, & à coups d’aiguillons, elles le mettent en fuite ; en l’envoyant au loin mourir