Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/689

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végétation des plantes qui leur sont confiées, par leur facilité à retenir l’eau, enfin, par l’adhérence de leurs parties entr’elles : elles sont donc froides en ce sens, que la chaleur du soleil ne les pénètre pas si profondément qu’elle pénètre le sable dont les grains sont désunis.

On a vu le fumier amoncelé acquérir une chaleur forte & vive ; on a vu ce même fumier répandu, & ensuite enfoui dans ces terres, récompenser par de bonnes récoltes les travaux du cultivateur : de-là, on s’est imaginé que le fumier échauffoit ces terres, & on a eu tort. Dès que le fumier n’est plus en masse, sa fermentation cesse, & en même tems sa chaleur ; elle se met en équilibre avec celle de l’atmosphère. Le thermomètre en fournira encore une preuve qui parlera aux yeux, & sera sans réplique.

Le véritable avantage du fumier sur l’argile vient, 1°. de l’union de son sel alcali avec la terre de l’argile ; 2°. du mélange de ce sel avec les matières grasses & huileuses du fumier ; 3°. de ce mélange, il en résulte une substance savonneuse parfaitement miscible à l’eau, & la seule parfaitement analogue à la végétation de la plante ; 4°. les pailles mêlées à ce fumier & ce fumier lui-même tiennent les terres soulevées, favorisent dès-lors l’écoulement des eaux, dont l’abondance ou la stagnation devenoit un obstacle réel pour la végétation.

La glaise, ou argile toute pure, est aussi stérile que la craie pure, parce que toutes deux retiennent l’eau. En vain tenteroit-on, dans ce sol ingrat, de semer des bois, de planter des vignes, &c. c’est enfouir son argent, & rien de plus. Que doit faire un possesseur d’un pareil terrain ? L’améliorer en divisant ses molécules : c’est là le grand point de la science. Si l’exécution étoit aussi facile, aussi peu coûteuse que le conseil à donner, il est constant que l’agriculture en retireroit des produits immenses : mais quelle différence entre le propriétaire & l’écrivain ! Celui-ci, la plume à la main, défriche, défonce, dans moins d’un quart-d’heure, des lieues entières de pays ; & celui-là, toujours obéré, toujours écrasé par les impôts, n’a pas le moyen de défoncer un quart d’arpent dans l’année. Les auteurs agronomes n’ont pas assez considéré la situation du cultivateur.

De cent propriétaires qui vivent sur le produit de leurs terres, il n’en existe peut-être pas cinq en état de faire une avance de cinquante pistoles. Si c’est un fermier qui cultive, il seroit peu sensé, pour un bail de six & même de neuf années, de le tenter ; le bénéfice seroit pour son successeur, puisque sur neuf ans, il auroit tout au plus quatre ou cinq récoltes, tandis que ce n’est jamais tout à la fois qu’il faut chercher à corriger l’argile, mais par une longue suite d’opérations constamment soutenues. À quoi serviroit au propriétaire ou au fermier de défoncer, de miner même à la profondeur d’un pied son champ argileux ? Les pluies d’un hiver suffiroient pour raffermir cette terre, & lui faire acquérir à la fin de l’année la même compacité qu’elle avoit auparavant. Je ne présente pas ce tableau, quoique vrai à la rigueur, dans la