Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/699

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& l’avantage qu’elles en retirent, c’est l’humidité qu’elles contiennent. Par le moyen de cette eau, les substances huileuses, graisseuses & salines, sont tenues en dissolution dans un état savonneux, ainsi que la terre soluble ; alors, leur grande ténuité, leur facile divisibilité leur permet d’être pompées par les plus petites racines des plantes.

L’argile, par sa propre nature, ne contribue donc pas à la fertilité de la terre, puis qu’elle ne contient en elle-même aucune partie grasse ou onctueuse, ou du moins elles y sont en si petite quantité qu’on peut à peine les y reconnoître. Son action est donc purement mécanique ; mais voici son véritable point d’utilité.

L’argile attire, rassemble l’eau, les vapeurs souterraines, ainsi que les parties salines & huileuses répandues dans l’atmosphère. Elle les conserve plus qu’une autre terre sous la croûte qui se forme par la sécheresse. C’est à cette qualité qu’est due la dénomination de terre forte, donnée à ce genre de terrain.

La glaise s’adapte, s’approprie, pour ainsi dire, la substance graisseuse & saline du fumier, ainsi que l’air contenu dans ces substances, de manière que l’eau ne peut les entraîner.

L’argile, en se desséchant par l’effet de la chaleur, forme une retraite ; les gerçures qui se manifestent alors sont autant de passages où l’air s’insinue & opère, & ces gerçures servent encore de passage aux racines, & de conduits pour charier leur nourriture.

Aucune terre n’a plus de facilité que l’argile pour se combiner avec la terre soluble, l’humus ; mais comme l’argile laisse peu de moyens d’évaporation, cet humus conserve plus long-tems ses parties grasses & huileuses, & par conséquent les plantes ont une jouissance prolongée & une nourriture proportionnée à leur accroissement.

L’argile se gèle en masse, à cause de l’adhésion de ses parties ; dès-lors, elle garantit les racines des impressions trop directes du froid, & sous cette croûte glacée elles poussent vivement, acquièrent une force dont la plante se ressentira lorsque le froid aura été dissipé par un vent chaud.

Il résulte de tout ce qui vient d’être dit sur les argiles, qu’en masse elles nuisent à la végétation, que mélangées convenablement, avec d’autres substances, elles sont la base des terres les plus productives. Le but de l’agriculteur doit donc être de trouver le point de perfection dans le mélange.


III. De l’usage de l’Argile dans la pratique de la Médecine.


L’argile, telle qu’elle est répandue, soit en grandes masses, soit combinée avec d’autres terres n’est point employée en médecine ; mais on a beaucoup vanté l’usage de l’argile unie à une terre martiale qui forme la terre bolaire. (Voyez Bol) Cette terre est fine, douce au toucher ; sa couleur varie du jaune au rouge, au brun, &c. la terre est inodore, & son goût austère ; elle fait effervescence avec les acides, se gonfle dans l’eau, s’y réduit en une pâte qui se dessèche à l’air ; exposée à un grand feu, elle conserve sa forme, prend une